dimanche 5 juillet 2009

L'heureux tour [les roues de la fortune !]

287ème article



[source : le site d'Eric Leblacher]


Le gars, il est assis sur sa selle et il pédale. On ne sait pas vraiment pourquoi ça lui est arrivé à lui en particulier. Peut-être a-t-il raté sa scolarité et préféré le cyclisme à la vie en usine. Huit heures par jour dans le bruit des machines à répéter des gestes automatiques.


Au moins, il est au grand air tandis que ses jambes moulinent et il voit du pays. Monaco, Nice, les Pyrénées et, tout au bout comme un phare, comme une promesse sucrée, les pavés des Champs-Élysées, la foule des parisiens en liesse, les applaudissement et les sourires des enfants comme une pommade après tous ces efforts.

Du matin jusqu'au soir, il pédale. Sous le soleil qui l'incendie, le vent qui le glace, la pluie qui le cingle ou contre le froid qui lui coupe les doigts, il avance. Sa pensée s'obsède de cette rythmique qui doit lui faire battre le temps. La mécanique des mollets s'agite contre la morsure des horloges. Il écoute à l'intérieur le bruit de soufflerie que cela fait. Le palpitant qui double de volume et manque de place dans sa poitrine, il cherche des litres d'air la bouche ouverte. Loin de le soulager, chaque lampée d'oxygène est une brulure supplémentaire.

Les mains s'incrustent du guidon, le dos est un iceberg acéré de douleur parcouru d'une sueur que la vitesse glace à même la peau. Assis sur sa selle, il pédale avec les autres et sourit comme eux aux caméras sur les motos. Les gros cubes passent en dégageant une chaleur tonitruante, le passager se penche pour filmer à bout de bras, l'objectif à ras du sol.

La contre-plongée de l'effort dans la montée, ça c'est bon pour l'audience. Cela donne de bonnes images sur la télé seize-neuvième du salon, écran plat, coin carré, du son partout dans la pièce. Le cliquetis des dérailleurs explose en cinq-point-un. Le réalisateur bascule sur un plan large de la promenade des Anglais, puis parcourt la Grande Bleue et à nouveau la côte ensoleillée et quelques villas de rupins vues depuis l'hélicoptères, avant de rebasculer vers la course.

Vue d'ensemble du peloton et des coureurs qui sourient dans leur maillot coloré et publicitaire. Les sponsors sont des entreprises qui vendent des téléphones aux gagas ou du crédit aux gogos. Certaines marques arborées par des équipes étrangères ne nous sont associées à aucun imaginaire mais brillent de leurs teintes resplendissantes, des tuniques de vainqueurs.

Les gars, ils sont assis sur leur selle et ils pédalent…

jeudi 2 juillet 2009

Un petit tour [et ça repart !]


[source]


Lance Armstrong est très mal conseillé.
Relancé de tout côté sur les soupçons de dopage, il continue bêtement de nier.
J'espère que quelqu'un aura l'idée de lui traduire un exemplaire de la nouvelle brochure promotionnelle de l'Elysée parue sous la couverture du Nouvel-Observateur.
Le champion cycliste apprendrait ainsi qu'il suffit de reconnaitre avoir commis des erreurs pour repartir blanc comme neige…


Pour le coup, l'Observateur porte bien son nom
puisqu'aucun des journalistes maison n'a visiblement pu
participer à la rédaction de l'interview


vendredi 26 juin 2009

Les raisons [dans mon état !]

CECI EST UNE FICTION




Hommage aux victimes de l'attentat de Karachi par Jacques Chirac, président de la République [photo Ouest-France]


Nous savons bien que cela peut toujours arriver. Nous l'imaginons tous à un moment ou à un autre ; c'est une pensée qui survient et qu'on tente aussitôt de chasser d'un geste de la main. Mais c'est lorsque cela prend forme dans la réalité, que nous comprenons combien on s'y attendait peu. Que votre enfant meurt avant vous est tellement contre nature.

Je suis resté sur place, cloué sur place, avec cette soudaine conscience de tout le chemin déjà parcouru et finalement le vide à l'arrivée. Je mesurais dans le même temps tout ce que je lui avais donné et ce qu'il me restait encore à offrir mais qu'il ne sera plus là.

Pour le reste des événements, je ne me souviens pas trop. C'est un peu comme un vieux film dont les couleurs s'effacent. On aperçoit encore vaguement les personnes qui s'agitent sur l'écran mais leurs traces sur la pellicule ne permettent déjà plus d'en retrouver les traits. Il y avait de la musique dans la cour, des gens sont venus parler et je crois bien qu'on lui a remis une médaille. C'était un peu vain d'imaginer qu'il aurait pu être fier de cette reconnaissance mais c'est pourtant bien d'y songer qui seul me permettait de tenir le coup. Un peu comme pour ne pas gâcher ces instants qui lui étaient dus.

Je n'ai presque pas pleuré, j'ai très peu démontré ma peine, rien n'est sorti de moi. C'était comme si je me retrouvais coincé en moi-même et que cela soit devenu trop grand, sombre et légèrement glacé. Mon corps me semblait d'un poids considérable.

J'ai revu la cérémonie d'hommage un peu plus tard. C'est monsieur Fernandez, le voisin du quatrième qui s'était occupé de nous l'enregistrer. Il y a un ou deux ans, on est allé lui demander pour transférer la VHS sur un DVD et c'est son plus jeune fils, Kevin, qui s'en est occupé avec son ordinateur. Je ne suis pas très habile avec ces choses là mais quand il est redescendu le lendemain avec le boitier tout plat dans la main et le sourire aux lèvres, j'ai vu qu'il était fier d'être parvenu à nous rendre ce service.

Mais je n'ai pas aimé retrouver ces images. Elles ont pris, du fait du travail de la mémoire, un minuscule décalage avec mes souvenirs. Les choses qu'on y voit sont devenues légèrement différentes de ce que j'ai pu en percevoir à l'époque. J'ai rangé le reportage sur l'étagère et il n'en bouge presque jamais. J'y jette un œil de temps en temps et les pensées qui me viennent à présent sont comme de paisibles gardiennes qui m'accompagnent.

Si j'ai fini par accepter sa mort, c'est qu'il fallait bien m'y résoudre. La vie est ainsi faite que nous n'avons pas d'autre choix que d'en suivre le cours. Bien que balloté de tout côté, nous nous efforcons d'y sourire et d'y faire bonne figure. Tout a perdu son goût et sa saveur et, la fourchette à la main, nous nous demandons pourquoi manger. Que voulez-vous y changer ? A quoi servirait-il de s'en plaindre ? Comme s'il était simplement possible que nous annulions la commande et que nous options pour un menu différent.

Il avait choisi ce métier par passion et il en connaissait les risques. Ce n'était pas sa route de devenir fonctionnaire ou coiffeur. Depuis tout petit, il aimait ce qui bouge et s'agite. Il passait bien plus d'heures à s'amuser dehors et jusque tard que scotché devant la télévision. Même quand il voulait lire, il s'installait à l'extérieur.

Nous savons bien que cela peut toujours arriver. Nous l'imaginons tous à un moment ou à un autre ; c'est une pensée qui survient et qu'on tente aussitôt de chasser d'un geste de la main. Votre fils travaille dans l'armement et vous essayez de ne pas penser au front, aux combats, aux missions de reconnaissance et même pas aux accidents toujours possibles lors des séances d'entrainement.

Je n'avais jamais craint un attentat. Je ne sais pas pourquoi, c'est un peu bête. Peut-être était-ce que je pensais notre pays abrité de ce genre de menace. Des raisons géo-stratégiques m'avaient épargné d'en concevoir l'éventualité qui m'est soudain tombée dessus ce jour-là.

Si j'ai fini par accepter sa mort, j'en refuse encore la cause. Je n'ose pas comprendre que les hommages rendus ont peut-être été faux. Ces politiciens, pour se lancer dans les discours émus, portaient les costumes de l'État mais n'en étaient que l'apparat. Ils venaient à la cérémonie officielle entre deux détournements de fonds, deux versements à vérifier sur des comptes dans des banques exotiques. Peut-être comme une perte de temps dans le planning prévu pour l'escalade vers plus hauts sommets.

Al Quaïda ne serait pour rien dans l'attentat.

Ce sont presque devenus les gentils de l'histoire tant
ce qu'on lit ici et là est horrifiant. Des ministres se seraient précipités afin de vendre à bas prix des sous-marins à nos amis pakistanais. Il faut croire qu'à l'époque, les affaires n'étaient pas au mieux de leur forme parce le gouvernement a marchandé au plus bas.

Ou bien c'est qu'ils étaient pressés de récupérer en douce quelque pourcentage sur le montant total des factures, qu'il n'y ait eu urgence à trouver de la fraîche. A moins qu'ils n'aient eu quelque projet à financer tellement vite qu'ils auraient oublié de rémunérer les intermédiaires locaux.

Mon fils ne serait donc pas mort pour la France mais à cause de simples agents commerciaux qu'un retard de paiement aurait énervés, à cause de promesses de récompenses pour la réalisation du contrat que les vendeurs n'auraient pas tenus. D'un bout à l'autre de l'histoire, la lumière apparait, les voiles se lèvent les uns après les autres comme autant de mensonges entassés.

C'est un peu vain d'imaginer qu'il pourrait être fier de cette vérité apparue mais c'est pourtant bien d'y songer qui seul me permet de tenir le coup. Un peu comme pour ne pas gâcher, de mon profond dégout, ces instants qui lui sont dus…


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Dans les affaires précédentes, il s'agissait de simples fausses factures au profit des partis politiques.
On est ici dans un tout autre cas avec une vente d'arme en-dessous de leur prix réel et détourner une partie des factures payées afin de financer une campagne électorale. Si l'on pouvait s'amuser de la succession de non-lieux que cela a donné au fil des ans, j'espère que cette fois, les responsables de la manœuvres seront retrouvés et sévèrement jugés.
Ils ont à répondre indirectement de la mort de onze de nos compatriotes.

mercredi 24 juin 2009

L'An 1 [et ça recommence !]


[copiée depuis ce site]


Le discours de Nicolas Sarkozy devant le congrés aurait, parait-il, coûté quelque cinq cents milles euros. J'espère qu'à ce prix-là, ils ont eu droit à des petits-fours bio parce que côté animation, il faut avouer que c'était assez décevant.


Pour un Président [nous voilà !] qui jurait lors de son entrée en fonction de vouloir la dépoussiérer, j'y ai surtout vu de la pompe et de la dorure à l'ancienne. Pour ce qui est des qualités orales de l'intervenant et malgré une teinture capillaire impeccable et refaite à neuf, c'était un peu tiré par les cheveux.

Si comme moi, vous n'avez disposé que d'une oreille pour entendre les belles paroles déclamées du haut de son perchoir, je vous offre un résumé : il faut continuer les réformes parce que la crise est à la fois une chance et une obligation de tout changer.

Puisque c'est grâce au modèle français que notre pays résiste le mieux à la crise, il est plus qu'urgent de le modifier de fond en comble.

J'ai failli écrire «du sol au plafond», mais que nos lecteurs les plus aisés se rassurent, le gouvernement restera tout à fait conservateur pour ce qui concerne votre pognon. Non seulement la moitié de vos revenus restera défiscalisée mais l'État propose même de vous rémunérer si vous aviez la gentillesse de bien vouloir accepter de la lui prêter.

Sarkozy propose l'impôt qui rapporte de l'argent aux riches !

Les innovations sociales imaginées sont plutôt destinées à nous de la piétaille qui pourrons non seulement profiter d'une généralisation du smic à tous les étages mais aussi du travail du dimanche bénévole jusqu'à nos soixante-sept ans obligatoires. Était-ce décent de convoquer un pince-fesses à 500.000 euros au palais de Versailles pour nous annoncer que les salariés pourront désormais mourir avant même de toucher leur maigre pension ?

Ce matin, les yeux à peine ouverts sur un jour nouveau et après un premier café bien mérité, nous apprenions que l'ère des grands changements était commencée. L'Histoire venait d'être mise en branle par le remaniement ministériel : Michèle Alliot-Marie passe de l'Intérieur à la Justice, tandis que Brice Hortefeux abandonne le social pour reprendre en main la Police.

Nous pouvons au passage, nous interroger sur le sens de ce mouvement giratoire à la tête des Ministères. Qu'un type comme Yves Jégo soit licencié pour avoir échoué à son poste est une chose logique dans cette culture du résultat prôné par notre Président [nous voilà !] mais alors, comment comprendre la mutation à ce niveau d'un Xavier Darcos ?

Il a lamentablement échoué à l'Éducation Nationale en n'atteignant pas un nombre suffisant des objectifs fixés par sa lettre de mission, il a merdé dans une bonne partie des missions qu'il avait à remplir, j'en veux pour preuve qu'on lui retire son portefeuille et, pour ces faits d'armes, on lui attribue en récompense, le pompon du Travail et des Affaires Sociales.

On voit comme rien ne change, les ministères sont encore et toujours des hochets qu'on distribue selon des visées électorales. On saupoudre ici et là, les postes subsidiaires afin d'amadouer la concurrence interne et l'opposition, on conserve pour la garde rapprochée les positions stratégiques.

A presque trois ans de l'échéance, Nicolas Sarkozy verrouille le dispositif pour la présidentielle de 2012. Il concentre ses forces sur ce que seront les thèmes de la campagne à venir mais qu'il commence aujourd'hui. Il attribue aux plus fidèles les positions charnières.

Le Président [nous voilà !] a beau venir tous les six mois, nous annoncer qu'il a changé, il reste ce qu'il est : un éternel candidat, une bête à concours de bel acabit, une sorte d'étalon électoral. Qu'il se méfie qu'à force d'aller et venir entre ces riens, nous le trouvions de moins en moins érotique…

lundi 22 juin 2009

Le discours [un concentré…]

Cette phrase, extraite du discours de Nicolas Sarkozy à Versailles,
à propos d'une meilleure répartition des richesses :


«Il faut que l'actionnaire soit justement rémunéré et que le travail soit justement considéré».

Edit de 20h50, le discours est en ligne sur Elysee.fr.
La phrase exacte est : «L’actionnaire doit être justement rémunéré mais le travail doit être justement considéré».

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